L’Héritage de Jacques Chirac à l’Union Européenne

di Sam Andrea Williams - 12 Novembre 2019

London, United Kingdom

L’Héritage de Jacques Chirac à l’Union Européenne

Jacques Chirac 

Les personnalités politiques les plus marquantes de l’histoire européenne continentale sont paradoxalement à la fois les plus aimées et les plus détestées. De Napoléon à Charles de Gaulle en passant par le fondateur de la République turque Mustafa Kemal Atatürk jusqu’au premier défenseur de l’Union européenne, Winston Churchill. Napoléon lui-même écrit que “Les grands hommes sont des météores destinés à brûler pour que la terre soit éclairée.” Une image forte qui démontre néanmoins l’inévitable sort de grands dirigeants politiques. Car malgré leurs plus nobles intentions, ils finissent toujours par susciter la rancœur des peuples.

Tout au long de sa carrière, Jacques Chirac a su s’adapter aux situations, au risque de s’octroyer les foudres de ses opposants politiques. Par exemple, en échangeant avec des personnalités de gauche comme de droite, Monsieur Georges Pompidou, Monsieur Charles de Gaulle, Monsieur Nicolas Sarkozy ou encore Monsieur François Hollande. Chirac a travaillé en étroite collaboration avec les chefs d’État européens et les dirigeants internationaux, alimentant les relations transatlantiques sans pour autant soumettre la France aux alliés américains. Extrêmement cultivé et passionné de culture africaine, M. Chirac s’est également entrepris à nouer des relations durables avec plusieurs pays africains. 

M. Chirac n’a jamais caché sa persona et a toujours fait preuve de cohérence dans sa longue vie politique. En France et à travers l’Union européenne, son approche non-violente aux relations internationales et ses politiques de valorisation de l’agriculture française resteront certaines de ses meilleurs réussites.

Les Etats-unis d’Europe”

Débutant sa carrière politique en tant qu’eurosceptique convaincu, M. Chirac a pourtant suivi le chemin inverse de nombreux hommes politiques européens du 21e siècle. Étudiant communiste anti-Européen au début, Chirac devient progressivement libéral-conservateur et pro-européen.

Au lendemain de son décès, beaucoup se souviennent de ses relations tendues avec le Royaume-Uni. Cependant, cette difficile relation outre-Manche n’était pas propre à son gouvernement. Au contraire, la détérioration des relations franco-anglaises a commencé bien avant la bataille de Hastings en 1066 et se poursuit encore aujourd’hui, avec le Brexit. Il est évident que M. Chirac était contre le Brexit. Fervent partisan des valeurs et principes européens, il soutenait le Traité de Maastricht, le référendum sur la Constitution européenne de 2005 et le Traité établissant une Constitution pour l’Europe. M. Chirac a plaidé pour une alliance européenne forte, capable d’être compétitive au niveau mondial. 

L’Europe n’est pas destinée à devenir une vaste zone de libre-échange diluée dans l’économie mondialisée.” affirmait Chirac. “L’Europe est avant tout un projet politique fondé sur des valeurs communes – un projet fondé sur des règles, sur la mise en commun des ressources, sur la coopération et sur des politiques communes.”. Un point de vue qui n’a peut-être pas été compris par les citoyens français en 2005, lorsqu’ils ont rejeté la Constitution européenne française par référendum. Cependant, la vision européenne de M. Chirac s’installe dans le long-terme. Jusqu’à aujourd’hui, les entités pro-européennes défendent toujours les mêmes batailles menées par M. Chirac en première ligne il y a plus d’une décennie. Le regretté président de la République était peut-être moins ambitieux que Winston Churchill, qui aurait préféré les “Etats-Unis d’Europe”, mais son attachement aux valeurs européennes a finalement façonné l’ensemble de sa carrière et du continent.

Guerre d’Irak

Bien que Chirac ait été critiqué pour diverses raisons, personne ne peut nier son brio à empêcher la France d’entrer en guerre pendant l’invasion de l’Irak par les États-Unis. En effet, pendant son mandat, M. Chirac a toujours eu une approche internationaliste, mais sans jamais préconiser une vision belliqueuse. Pendant une époque où l’hégémonie des Etats-Unis était à son apogée, M. Chirac a conduit – non seulement la France – mais une coalition de plusieurs pays de l’Union européenne à ne pas participer à l’envoi des armées en Irak.

En France, cette même période politique a été caractérisée par de profondes divisions dans le pays entre la gauche et la droite. Cela même au sein de la droite sur certaines questions, dont l’invasion de l’Irak. Un an avant l’invasion irakienne, la jeune Assemblée nationale élue par Jean-Pierre Raffarin – le Premier ministre – avait commencé à discuter de l’abolition du port du foulard islamique et autres symboles religieux dans les écoles publiques. 

Cette loi entrera en vigueur en 2004, mais les deux années qui l’ont précédée ont été assez tendues, avec de nombreuses menaces de la part d’extrémistes islamiques, qui ont même enlevé deux journalistes français en Irak. Malgré tout, M. Chirac a réussi à ne pas rendre la France responsable de l’invasion de l’Irak, qui coûte encore à l’heure actuelle beaucoup de crédibilité aux États-Unis sur la scène internationale. Chirac n’a pas hésité a condamné la guerre pour ses conséquences dramatiques : “La guerre est toujours la pire solution. La France, qui n’est pas un pays pacifiste qui ne refuse pas la guerre en principe et qui l’a prouvé ailleurs. Actuellement premier contributeur de forces de l’OTAN, notamment dans les Balkans, la France n’est pas un pays pacifiste, mais elle considère la guerre comme la dernière étape d’un processus qu’il faut tout faire pour l’éviter, en raison de ses conséquences dramatiques“.

Politiques d’agriculture

En tant que président français, Chirac ne pouvait s’abstenir d’être actif sur la scène internationale, poursuivant ainsi l’héritage de la France en tant qu’acteur européen international. Cependant, au cours de sa carrière politique, M. Chirac a toujours exprimé sa proximité avec les agriculteurs. En tant qu’ancien ministre de l’Agriculture – son premier poste ministériel – il a conservé sa passion et son respect pour ce rôle si important. Il a apporté une aide considérable, tant au niveau national qu’au niveau européen, pour améliorer l’agriculture. En particulier, M. Chirac a aidé les agriculteurs français vivant dans des paysages agricoles plus pauvres, comme les milieux montagnards, à améliorer leur activité et à accroître leur productivité. Il a assisté à plusieurs reprises à la foire agricole annuelle française, où il se mêlait à la foule et aux participants avec aise. Un succès inhabituel pour un homme politique de droite venant d’une capitale européenne.

Mais M. Chirac a porté les enjeux des agriculteurs pas seulement à l’Élysée, mais aussi sur la scène européenne. Par exemple, en 2002, il a travaillé en étroite collaboration avec le chancelier allemand de l’époque, Gerhard Schröder, pour réformer la politique agricole de l’Union européenne, dont il est encore question aujourd’hui. À cette occasion, il a réussi à fixer un plafond pour les dépenses agricoles. Sa protection face aux 30 milliards de livres sterling de la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne a déclenché la fureur de divers alliés, en particulier, le gouvernement de Tony Blair. Mais M. Chirac ne s’est pas arrêté et cela lui a valu beaucoup des critiques sur son entendement.

Un homme proche des gens

Au final, un homme politique ne peut être jugé que par l’opinion de son peuple à son égard et M. Chirac a remarquablement touché le cœur des Français. Par exemple, à Ussel, un petit village du centre de la France qui compte moins de 10.000 habitants, un mémoriel a été tenu en mémoire du Président. Les villageois ont partagé leurs souvenirs positifs de M. Chirac lors de leur foire agricole annuelle. Ils se souviennent de lui comme d’une personne populaire, extrêmement disponible, qui trouvait toujours le temps de parler avec tout le monde. Cette année, les participants à la foire agricole annuelle d’Ussel ont exprimé avec regret leurs meilleurs sentiments envers M. Chirac, comme l’ont fait tous les hommes des institutions qui ont travaillé avec lui au cours de sa longue carrière politique. 

Les problèmes juridiques, les critiques de sa politique étrangère transatlantique souvent accusé de détériorer les relations américano-françaises et les innombrables accusations portées contre sa vie privée ne peuvent invalider les capacités politiques que Chirac a démontré tout au long de sa vie. Le défunt président français a réussi à maintenir son intégrité même s’il a changé de parti et d’allié politique au cours de sa carrière n’a pas hésité à démissionner lorsqu’il en a reconnu les bienfaits pour la France. Il était un fier bulldozer (comme l’appelait M. Pompidou) quand il savait que son action était la bonne pour nation et pour son peuple. Il a réussi à équilibrer le paysage politique trop souvent peu scrupuleux, tout en pouvant s’entretenir avec des personnalités de toutes les factions politiques et avec l’ensemble des électeurs français. C’était un grand homme dans ses actions, qui  “a tenu ses promesses “. De cette manière, Chirac reste une inspiration pour tous ces qui aiment la Politique.

 

Bibliographie:

 

Autore dell’articolo* Sam Andrea Williams , Studente in ‘International Relations’ alla University of Kent, nonché visiting student presso la Bogazici Universitesi, Istanbul. Come sempre pubblichiamo i nostri lavori per stimolare altre riflessioni, che possano portare ad integrazioni e approfondimenti.

* i contenuti e le valutazioni dell’intervento sono di esclusiva responsabilità dell’autore